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Athanase d’un protecteur puissant et généreux. La guerre civile, entre l’assassin et le dernier frère de Constans, déchira pendant trois ans l’empire, et donna quelques instans de repos à l’Église catholique. Les deux rivaux ménagèrent l’amitié d’un prélat qui, par son autorité personnelle, pouvait fixer la résolution incertaine d’une province importante. Il donna audience aux ambassadeurs de Magnence, avec lequel on l’accusa depuis d’avoir conservé une corresponilance secrète[1], et Constance assura le vénérable Athanase, son père chéri, que malgré les faux bruits débités par leurs ennemis communs, il avait hérité des sentimens aussi-bien que des états de son frère[2]. La reconnaissance et l’humanité auraient pu sans doute disposer l’archevêque à déplorer la fin prématurée de Constans et à détester le crime de Magnence ; mais comme Athanase était convaincu que les craintes de Constance étaient son unique sauvegarde, cette idée refroidissait peut-être un peu la ferveur des prières qu’il adressait au ciel pour le succès de la cause la plus juste. En effet, Athanase dut bientôt attendre sa ruine, non plus des complots et de la haine obscure de quelques évêques superstitieux ou

  1. Saint Athanase (t. I, p. 677, 678) défend son innocence par des plaintes pathétiques, des assertions solennelles et des argumens spécieux. Il convient qu’on a forgé des lettres en son nom ; mais il demande qu’on questionne ses secrétaires et ceux du tyran, et que l’on constate si les uns les ont écrites, et si les autres les ont reçues.
  2. Saint Athanase, t. I, p. 825-844.