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déré comme un de ses plus sages professeurs de théologie, et il avait la réputation d’être versé dans deux sciences profanes, moins convenables à un prélat, dans la jurisprudence[1] et dans la divination[2]. Ses partisans attribuèrent à l’inspiration divine, et ses ennemis imputèrent à une magie infernale quelques conjectures justes qu’il fit sur l’avenir, et dont, en raisonnant avec impartialité, on aurait dû faire honneur à son expérience et à son jugement.

Mais comme le primat d’Égypte eut continuellement à combattre les passions et les préjugés des hommes de tous les états, depuis le moine jusqu’à l’empereur, la connaissance du cœur humain fut sa première étude et la plus importante de ses acquisitions. Il conservait au milieu des différens aspects d’un théâtre continuellement changeant, un coup d’œil toujours également juste et sûr, et ne manquait jamais de saisir ces momens décisifs dont les génies médiocres ne sentent le prix que quand ils les ont irrévocablement perdus. L’archevêque d’Alexandrie savait distinguer quand il fallait déployer la hardiesse

  1. Sulpice-Sévère (Hist. sacra, l. II, p. 396) le traite de chicaneur, de jurisconsulte. On ne découvre ce caractère ni dans la vie ni dans les écrits de saint Athanase.
  2. Dicebatur enim fatidicarum sortium fidem, quæve augurales portenderent alites scientissimè callens aliquoties prædixisse futura. (Ammien, XV, 7.) Sozomène raconte une prophétie, ou plutôt une plaisanterie (l. IV, c. 10,) qui prouve évidemment, si les corbeaux parlent latin, que saint Athanase comprenait le langage des corbeaux.