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fonctions de son secrétaire, et les vertus naissantes du jeune diacre frappèrent les pères du concile de Nicée de surprise et de respect. [A. D. 326-373.]Un danger public fait souvent oublier les misérables prétentions de l’âge et du rang ; et, cinq mois après son retour de Nicée, le diacre Athanase obtint le siége archiépiscopal d’Alexandrie, il l’occupa pendant quarante-six ans, et cette longue administration se passa en combats contre l’arianisme. Banni cinq fois de son siége, il consuma vingt ans de sa vie dans l’exil et dans les dangers ; et presque toutes les provinces de l’empire furent successivement témoins de son mérite et des persécutions qu’il souffrit pour la cause de l’homoousion dont il considérait la défense comme le seul plaisir, la seule affaire, le premier devoir et la gloire de sa vie. Au milieu des orages de la persécution, l’archevêque d’Alexandrie se montra patient dans ses travaux, jaloux de sa réputation, indifférent pour les dangers ; et quoique atteint de la contagion du fanatisme, saint Athanase déploya une supériorité de caractère et de talens qui le rendait plus digne que les fils dégénérés de Constantin, de gouverner une grande monarchie. Eusèbe de Césarée avait une érudition plus profonde et plus étendue ; l’éloquence sans art d’Athanase ne pouvait se comparer au style élégant d’un Grégoire et d’un Basile ; mais lorsqu’il était appelé à défendre sa conduite ou ses sentimens, il écrivait et parlait, sans préparation, avec une véhémence et une clarté qui entraînaient la persuasion. L’Église orthodoxe l’a toujours consi-