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états avec une suite nombreuse et brillante. Pour cacher ses craintes aux peuples et se les dissimuler peut-être à lui-même, il fit célébrer les jeux du cirque à Constantinople. Le cours de son voyage aurait dû l’avertir du danger dont il était menacé ; dans les villes principales de son passage, il trouvait des ministres de confiance envoyés exprès pour se saisir de l’administration, observer tous ses mouvemens, et prévenir les accès de violence auxquels on craignait qu’il ne se livrât dans son désespoir. Les députés chargés de s’emparer du gouvernement des provinces qu’il laissait derrière lui, le saluaient froidement à leur passage, quelquefois même avec l’air du dédain, et l’on éloignait soigneusement, avant son arrivée, les troupes qui se trouvaient placées sur sa route, de peur qu’elles ne fussent tentées de lui offrir leurs services pour commencer une guerre civile[1]. Gallus, après avoir obtenu la permission de se reposer pendant quelques jours à Andrinople, y reçut un mandat du style le plus impérieux et le plus absolu, qui lui ordonnait de laisser dans cette ville sa nombreuse

  1. Les légions thébaines qui étaient en quartier à Andrinople, envoyèrent une députation à Gallus pour lui offrir leurs services. Ammien, l. XIV, c. 11 ; la Notitia (s. 6, 20, 38, édit. Labb.) fait mention de trois légions portant le nom de légions thébaines. Le zèle de M. de Voltaire pour la destruction d’une légende méprisable, quoique célèbre, l’a engagé à nier, sur les plus faibles autorités, l’existence d’une légion thébaine dans les armées romaines. Voyez les Œuvres de Voltaire, t. XV, p. 414, édit. in-4o.