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devoirs de l’amitié. L’indifférence dédaigneuse du souverain aurait peut-être anéanti la dispute, si le torrent populaire avait été moins rapide et moins impétueux, ou si Constantin lui-même avait pu conserver cette froideur prudente au milieu du fanatisme et des factions. [Son zèle. A. D. 325.]Mais ses ministres ecclésiastiques trouvèrent bientôt le moyen d’égarer en lui l’impartialité du magistrat et de réveiller le zèle du prosélyte. Il fut irrité des insultes faites à ses statues, il s’alarma de la grandeur réelle et encore plus de la grandeur imaginaire d’un mal qui faisait de si rapides progrès ; et du moment où il rassembla trois cents évêques dans les murs d’un même palais, il éteignit tout espoir de réunion et de tolérance. La présence du monarque augmentait l’importance des débats, son attention multipliait les argumens ; il s’exposait lui-même avec une intrépidité patiente qui animait la valeur des combattans. On a fort exalté l’éloquence et la sagacité de Constantin[1]. Cependant un général romain dont la religion était encore douteuse, et dont l’esprit n’était éclairé ni par l’étude ni par l’inspiration, était peu capable sans doute de discuter en langue grecque une question méthaphysique ou un article de foi. Mais le crédit d’Osius, son favori, qui paraît avoir présidé au concile de Nicée, peut avoir disposé Constantin en faveur du parti orthodoxe, et l’avoir animé contre les hérétiques ; le soin qu’on prit de lui insinuer à propos que ce même

  1. Euseb., in vit. Constant., l. III, c. 13.