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fixées, changées ou modifiées dans le cabinet d’un roi de la terre.

Indifférence de Constantin. A. D. 324.

Quoique le funeste esprit de discorde qui avait pénétré dans toutes les provinces de l’Orient eût troublé le triomphe de Constantin, il vit d’abord l’objet de la dispute avec une froide indifférence. Ignorant encore que les querelles théologiques fussent si difficiles à apaiser, il écrivit avec douceur aux deux antagonistes, Alexandre et Arius[1] ; et il paraît avoir plutôt écouté dans sa lettre la raison indépendante d’un politique ou d’un soldat, que les principes ou les suggestions de ses conseillers ecclésiastiques. Constantin attribue l’origine de cette controverse à une dispute subtile et frivole sur un point incompréhensible de la loi. Il blâme également l’indiscrétion du prélat qui a élevé la question, et l’imprudence du prêtre qui a voulu la résoudre. Il s’afflige que des chrétiens qui adorent le même Dieu, qui ont la même religion et la même doctrine, puissent être divisés par des distinctions de si peu d’importance ; et il recommande sérieusement au clergé d’Alexandrie l’exemple des philosophes de la Grèce, qui soutenaient leurs argumens sans colère, et conservaient la liberté des opinions sans manquer aux

  1. Eusèb., in vit. Constant., l. II, c. 64-72. Baronius est fort offensé des principes de tolérance et d’indifférence religieuse contenus dans cette Épître ; Tillemont n’en est pas moins scandalisé. Ils supposent que l’empereur avait autour de lui quelque conseiller pervers, ou Satan ou Eusèbe. Voyez les Remarques de Jortin, t. II, p. 183.