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portunité que par violence. On empêcha le concile de Rimini de se séparer jusqu’à ce que ses membres eussent signé une profession de foi captieuse dans laquelle on inséra, en place de l’homoousion, quelques expressions susceptibles d’une interprétation hérétique. Ce fut dans cette occasion que, selon saint Jérôme, l’univers s’étonna de se trouver arien[1]. Mais les évêques des provinces latines, à peine arrivés dans leurs diocèses, s’aperçurent de leur erreur, se repentirent de leur faiblesse, et désavouèrent avec horreur leur ignominieuse capitulation. L’homoousion, dont les fondemens n’avaient été qu’ébranlés, se trouva plus solidement établi que jamais dans toutes les églises de l’Occident[2].

Conduite des empereurs dans les querelles religieuses de l’arianisme.

Tels furent la naissance, les progrès et les révolutions des disputes théologiques qui troublèrent la paix de la chrétienté sous les règnes de Constantin et de ses fils. Mais comme ces princes prétendaient étendre leur despotisme sur les opinions comme sur la fortune et sur la vie de leurs sujets, le poids de leur suffrage entraînait souvent la balance ecclésiastique, et les prérogatives du roi du ciel étaient

  1. Ingemuit totus orbis, et arianum se esse miratus est. Saint Jérôme, Advers. Lucifer., t. I, p. 145.
  2. Sulpice-Sévère (Hist. sacra, l. II, p. 419-430, ed. Lugd. Bat. 1647) raconte en style éloquent l’histoire du concile de Rimini. On la trouve aussi dans le Dialogue de saint Jérôme contre les lucifériens. Le dessein de ce dernier est d’excuser la conduite des évêques latins, qui se laissèrent tromper et s’en repentirent.