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tions, et dans la chaleur de la dispute, ils oubliaient également le doute recommandé par la philosophie et la soumission exigée par la religion. Les peuples de l’Occident étaient d’un caractère moins curieux. Des objets invisibles avaient moins de prise sur leurs passions ; ils exerçaient plus rarement leur imagination dans l’art dangereux de la dispute ; et telle était l’heureuse ignorance de l’Église gallicane, que plus de trente ans après le premier concile général, saint Hilaire lui-même n’avait point encore connaissance du symbole de Nicée[1]. Les Latins n’avaient reçu les lumières de la science divine que par le moyen faible, obscur et douteux d’une traduction. La pauvreté et l’inflexibilité naturelles de leur langue manquaient souvent d’équivalens pour les termes grecs et pour les mots techniques de la philosophie platonicienne[2] qui avaient été consacrés par l’Évangile ou par l’Église à exprimer les mystères de la foi chétienne. Un seul mot défectueux aurait pu introduire dans la théologie latine une longue suite d’erreurs et de perplexités[3]. Mais comme les provinces occidentales

  1. Testor Deum cæli atque terræ mecum neutrum audissem, semper tamen utrumque sensisse… Regeneratus pridem et in episcopatu aliquantis per manens, fidem Nicenam nunquam nisi exulaturus audivi. (Saint Hilaire, De Synodis, c. 96, p. 1205.) Les bénédiclins sont persuadés qu’il gouverna le diocèse de Poitiers plusieurs années avant son exil.
  2. Sénèque (epist. 58) se plaint de ce que le το ον des platoniciens (le ens des scolastiques plus hardis) ne pouvait s’exprimer par un mot latin.
  3. La préférence que le quatrième concile de Latran