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mèrent momentanément ses passions irascibles ; et dans le discours suivant, dont je vais transcrire quelques lignes, l’evêque de Poitiers se laisse aller, sans y prendre garde, au ton d’un philosophe chrétien. « C’est, dit saint Hilaire, une chose aussi déplorable que dangereuse, qu’il y ait autant de professions de foi que d’opinions parmi les hommes, autant de doctrines que d’inclinations, et autant de sources de blasphème qu’il y a de péchés parmi nous, parce que nous faisons arbitrairement des symboles que nous expliquons arbitrairement. L’homoousion est successivement rejeté, reçu et expliqué dans différens conciles. La ressemblance totale ou partielle du père et du fils devient, dans ces temps malheureux, un sujet de dispute. Chaque année, chaque mois, nous inventons de nouveaux symboles pour expliquer des mystères invisibles. Nous nous repentons de ce que nous avons fait, nous défendons ceux qui se repentent, nous anathématisons ceux que nous avons défendus, nous condamnons la doctrine des autres parmi nous, ou notre doctrine chez les autres ; et en nous déchirant avec une fureur réciproque, nous avons travaillé à notre ruine mutuelle[1]. »

Sectes des ariens.

On n’attend pas de moi, on trouverait peut-être mauvais que j’enflasse cette digression théologique

  1. Hilarius ad Constanium, l. II, c. 4, 5, p. 1227-1228. Ce passage remarquable a mérité l’attention de Locke, qui l’a transcrit (vol. III, p. 470) dans son nouveau modèle de Souvenirs.