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Nature mystérieuse de la Trinité.

La sanction divine qu’un apôtre avait donnée au principe fondamental de la Théologie de Platon, encouragea les savans prosélytes des second et troisième siècles à étudier et à admirer les écrits du sage d’Athènes, qui avait prédit d’une manière si merveilleuse une des plus étonnantes découvertes de la révélation chrétienne. Le nom respectable de Platon

    Christi sanguine recente, et phantasma corpus domini asserebatur. Cotelier pense (Patres apostol., t. II, p. 24) que ceux qui refusent de croire que les docètes parurent du temps des apôtres, peuvent aussi nier qu’il fait jour à midi. Ces docètes, qui formaient un parti considérable parmi les gnostiques, étaient ainsi appelés, parce qu’ils prétendaient que le corps de Jésus-Christ n’en avait eu que l’apparence (*).

    (*) Le nom de docètes ne fut donné à ces sectaires que dans le cours du deuxième siècle : ce nom ne désignait pas une secte proprement dite, il s’appliquait à toutes les sectes qui enseignaient la non-réalité du corps matériel de Jésus-Christ : de ce nombre étaient les valentiniens, les basilidiens, les ophites, les marcionites, contre qui Tertullien écrivit son livre De carne Christi, et d’autres gnostiques. À la vérité, Clément d’Alexandrie (l. III, stromat., c. 13, p. 552) fait une mention expresse d’une secte de docètes, et nomme même comme un de ses chefs un certain Cassianus ; mais tout nous porte à croire que ce n’était point là une secte particulière. Philastrius (de hæres., c. 31) reproche à Saturninus d’être un docète. Irénée (adversus hæreses, c. 23) fait le même reproche à Basilide. Épiphane et Philastrius, qui ont traité avec détail de chaque hérésie particulière, ne nomment point spécialement celle des docètes : l’évêque d’Antioche Sérapioa (Eusèbe, Hist. ecclesiast., l. VI, c. 12) et Clément d’Alexandrie (l. VII, stromat., p. 900) paraissent être les premiers qui se soient servis de ce nom générique, et on ne le retrouve dans aucun monument antérieur, quoique l’erreur qu’il indique existât déjà du temps des apôtres. (Voyez Ch.-Guil.-Fr. Walch, Hist. des hérésies, t. I, p. 233 ; Tillemont, Mém. pour servir à l’Hist. ecclésiast., t. II, p. 50 ; Buddæus, De Eccl. apostol., c. 5, §. 7). (Note de l’Éditeur.)