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personne de Jésus de Nazareth ; qu’il était né d’une vierge, et avait souffert la mort sur une croix. Outre le dessein général de donner une base perpétuelle aux divins honneurs du Christ, les plus anciens et les plus respectables des écrivains ecclésiastiques conviennent que le théologien évangélique avait particulièrement l’intention de réfuter les deux hérésies opposées qui troublaient la paix de la primitive Église[1].

Les ébionites et les docètes.

1o. La foi des ébionistes[2], et peut-être

    être saint Jean se servant d’un mot connu pour expliquer une doctrine qui ne l’était pas, en a-t-il altéré un peu le sens : c’est cette altération que l’on croit découvrir en rapprochant les divers passages de ses écrits.
    Ce qu’il y a de remarquable, c’est que les Juifs de la Palestine qui ne voyaient pas cette altération, ne devaient trouver rien d’étrange dans ce que disait saint Jean du logos ; au moins le comprenaient-ils sans peine ; tandis que les philosophes grecs et les Juifs grécisans, de leur côté, y portaient des préventions et des idées faciles à concilier avec celles de l’évangéliste qui ne les contredisait pas expressément. Cette circonstance a dû beaucoup favoriser les progrès du christianisme ; aussi les pères de l’Église des deux premiers siècles et au-delà, formés presque tous à l’école d’Alexandrie, prêtaient-ils au logos de saint Jean un sens assez semblable à celui dans lequel l’avait pris Philon. Leur doctrine se rapprochait beaucoup de celle qu’au quatrième siècle le concile de Nicée condamna dans la personne d’Arius. (Note de l’Éditeur.)

  1. Voyez Beausobre, Hist. critique du Manich., tom. I, p. 377. L’Évangile selon saint Jean est supposé avoir été publié environ soixante-dix ans après la mort de Jésus-Christ.
  2. Mosheim (p. 331) et Le Clerc (Hist. ecclés., p. 535)