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était Dieu lui-même, qui avait créé toutes choses, et pour qui tout avait été fait, s’était incarné dans la

    entre Dieu et les hommes ; c’est le second logos de Philon (λογος προφορικος), celui qui agit lors de la naissance du monde, seul de son espèce (μονογενης), créateur du monde sensible (κοσμος αισθητος), que Dieu forma d’après le monde idéal (κοσμος νοητος) qu’il avait en lui, et qui était le premier logos (ο ανωτατω), le premier né (ο πρεσβυτερος νιος) de la divinité. Le logos, pris dans ce sens, était donc un être créé, mais antérieur à la création du monde, voisin de Dieu et chargé de ses relations avec les hommes.
    Quel est celui de ces deux sens que Saint Jean a eu l’intention de prêter au mot logos dans le premier chapitre de son évangile et dans tout ce qu’il a écrit ?
    Saint Jean était un Juif né et élevé en Palestine ; il ne connaissait point, ou du moins très-peu, la philosophie des Grecs et celle des Juifs grécisans ; il devait donc naturellement attacher au mot logos le sens qu’y attachaient les Juifs de la Palestine. Que l’on compare en effet les attributs qu’il prête au logos avec ceux qui lui sont prêtés dans les Proverbes, dans la Sagesse de Salomon, dans l’Ecclésiastique, on verra que ce sont les mêmes : la parole était dans le monde, et le monde a été fait par elle ; elle était la vie et la lumière des hommes, etc. (Évangile selon saint Jean, c. 1, v. 4, 10, etc.) Il est impossible de ne pas reconnaître dans ce chapitre les idées que les Juifs se faisaient du logos allégorisé. L’évangéliste personnifie ensuite réellement ce que ses prédécesseurs n’avaient personnifié que poétiquement, car il affirme que la parole est devenue chair (v. 14) ; c’est pour le prouver qu’il écrivait. Examinées de près, les idées qu’il donne du logos ne sauraient s’accorder avec celles qu’en avaient Philon et l’école d’Alexandrie ; elles répondent au contraire à celles des Juifs de la Palestine. Peut--