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bleront toujours la faiblesse de l’esprit humain, a pu conduire Platon à considérer la nature divine sous les trois différentes modifications, de la première cause, de la raison ou logos, et de l’âme ou esprit de l’univers. Son imagination poétique personnifia et anima ces abstractions métaphysiques, et il représenta, dans son système, les trois principes archiques ou originels comme trois dieux étroitement unis l’un à l’autre par une génération mystérieuse et ineffable. Il considéra particulièrement le logos sous les termes moins inabordables de Fils du Père éternel, de créateur et de conservateur de l’univers. Telle était, selon toutes les apparences, la doctrine secrète que l’on enseignait furtivement dans les jardins de l’académie[1]. Et si l’on en croit les disciples plus modernes de Platon, une étude et une application assidue de trente années suffisait à peine pour acquérir la parfaite intelligence de cette doctrine[2].

  1. Les modernes que j’ai pris pour guides dans la connaissance du système de Platon, sont Cudworth (Système intellectuel, p. 568-620) ; Basnage (Hist. des Juifs, l. IV, p. 53-86) ; Le Clerc (Epist. crit., VII, p. 194-209), et Brucker (Hist. philosoph., t. I, p. 675-706). Comme leur érudition était égale et leur intention différente, un observateur attentif peut tirer quelques lumières de leurs disputes, et regarder comme constans les faits dont ils conviennent unanimement.
  2. Cet exposé de la doctrine de Platon me paraît contraire