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soit des Romains, soit des Barbares, qu’il doit être permis à l’historien d’écarter respectueusement le voile qui couvre le sanctuaire pour jeter un coup d’œil sur la marche de la raison, de la foi, des erreurs et des passions, depuis l’école de Platon jusqu’au déclin et à la chute de l’empire.

Système de Platon avant Jésus-Christ. 360.

Le génie de Platon, éclairé par ses propres méditations ou par les connaissances traditionnelles des prêtres de l’Égypte[1], avait essayé de découvrir la nature mystérieuse de la divinité. Quand il eut élevé ses pensées jusqu’à la contemplation sublime d’un être préexistant par lui-même, et cause nécessaire de l’univers, le philosophe athénien ne put concevoir comment la simple unité de son essence pouvait admettre la variété infinie d’idées distinctes et successives qui composent l’ensemble du monde intellectuel ; comment un être purement immatériel avait pu exécuter ce plan admirable, et assujettir à des formes la sauvage indépendance du chaos. La vaine espérance de vaincre des difficultés qui acca-

  1. Plato Egyptum peragravit, ut à sacerdotibus barbaris numeros et cælestia acciperet. (Cicér., De finibus, V, 25.) Les Égyptiens conservaient peut-être encore la tradition de la religion des patriarches. Josèphe a persuadé à plusieurs pères de l’Église que Platon avait tiré des Juifs une grande partie de ses connaissances ; mais on ne peut guère concilier cette opinion avec l’obscurité et l’insociabilité du peuple juif, dont les Écritures ne furent accessibles à la curiosité des Grecs que plus de cent ans après la mort de Platon. Voyez Marsham, Canon. Chron., p. 144 ; Le Clerc, Epist. critic., VII, p. 177-194.