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ter les vices éclatans et les crimes destructeurs du magistrat ; mais il ne pouvait examiner et blâmer la conduite du magistrat, sans contrôler en même temps l’administration du gouvernement civil. Quelques considérations de religion, de fidélité ou de crainte, mettaient la personne sacrée des empereurs à l’abri du zèle et du ressentiment des évêques ; mais les prélats censuraient et excommuniaient hardiment les tyrans subordonnés qui n’étaient point décorés de la pourpre. Saint Athanase excommunia un ministre de l’Égypte ; et l’interdiction du feu et de l’eau qu’il prononça contre lui fut solennellement proclamée dans les églises de la Cappadoce[1]. Sous le règne de Théodose le jeune, l’éloquent et élégant Synèse, un des descendans d’Hercule[2], remplit le siége épiscopal de Ptolémaïs, près des ruines de l’an-

  1. Saint Basile, Epist. 47 ; dans Baronius (Ann. eccles., A. D. 370, no 91), qui raconte ce fait exprès, dit-il, pour prouver aux gouverneurs qu’ils n’étaient point à l’abri d’une sentence d’excommunication. Selon lui, le monarque lui-même pouvait être atteint par les foudres du Vatican ; et ce cardinal raisonne beaucoup plus conséquemment que les jurisconsultes et les théologiens de l’Église gallicane.
  2. La longue suite de ses ancêtres jusqu’à Eurysthènes, le premier roi dorique de Sparte, et le cinquième descendant d’Hercule, était inscrite sur les registres de Cyrène, colonie lacédémonienne. (Synèse, épist. 57, p. 197, édit. de Pétau.) L’histoire du monde entier ne présente point un second exemple d’une si illustre filiation de dix-sept cents ans, sans compter les ancêtres d’Hercule.