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imposait quelquefois silence, par ses tumultueuses acclamations, à la voix de la raison et aux lois de la discipline. Il pouvait bien fixer par hasard son choix sur le plus digne des concurrens, sur un ancien curé, sur quelque saint religieux, ou sur un prêtre séculier, recommandable par son zèle et sa piété. Mais en général, surtout dans les grandes et opulentes villes de l’empire, la chaire épiscopale était moins recherchée comme une charge spirituelle que comme une dignité temporelle. Les vues intéressées, les passions haineuses ou personnelles, les artifices de la dissimulation, de la perfidie, la corruption, les violences ouvertes et même les scènes sanglantes qui avaient déshonoré les élections des républiques de la Grèce et de Rome, ont trop souvent influé sur le choix des successeurs des apôtres. Tandis qu’un candidat s’enorgueillissait du rang que tenait sa famille, un autre tâchait de séduire ses juges en leur offrant les délices d’une table somptueusement servie. Un troisième, plus coupable, promettait de partager les dépouilles de l’Église avec les complices de ses espérances sacrilèges[1]. Les lois ecclésiastiques et civiles s’occupèrent de concert à réprimer ces désordres en excluant la populace du droit de suffrage ;

    mens ; et Justinien réserve le droit d’élection à la seule noblesse. (Novelle, CXXIII, I.)

  1. Les Épitres de Sidonius-Apollinaris (IV, 25 ; VII, 5-9) détaillent quelques scandales de l’Église de la Gaule ; et la Gaule était moins policée et beaucoup moins corrompue que les provinces de l’Orient.