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tres[1]. Cette comparaison, si elle portait sur le caractère sacré de ses divins missionnaires, ne pourrait être attribuée qu’à l’extravagance d’une adulation impie ; mais si ce parallèle ne fait allusion qu’au nombre de leurs victoires évangéliques, les succès de Constantin en ce genre ont peut-être égalé ceux des apôtres. Ses édits de tolérance firent disparaître les dangers temporels qui retardaient le progrès du christianisme, et les ministres actifs de la foi chrétienne furent autorisés et encouragés à employer en sa faveur tous les argumens qui pouvaient subjuguer la raison ou exciter la piété. La balance ne fut qu’un instant égale entre les deux religions ; l’œil perçant de l’avarice et de l’ambition découvrit bientôt que la pratique de la religion chrétienne contribuait autant au bonheur du présent qu’à celui de l’avenir[2]. L’espoir des richesses et des honneurs, l’exemple de l’empereur, ses exhortations, le pouvoir irrésistible du souverain, répandirent rapidement le zèle et la conviction parmi la foule servile et vénale qui remplit constamment les appartemens d’un palais. On récompensa par des priviléges mu-

  1. Voyez Tillemont, Hist. des Emper., tom. IV, p. 429. Les Grecs, les Russes, et, dans des temps plus éloignés, les Latins eux-mêmes, ont voulu placer le nom de Constantin dans le catalogue des saints.
  2. Voyez le troisième et le quatrième livre de sa vie. Il avait coutume de dire que, soit que la foi du Christ fût prêchée du cœur ou seulement des lèvres, il s’en réjouirait toujours (l. III, c. 58).