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blime théorie de l’Évangile avait fait moins d’impression sur le cœur de Constantin que sur son esprit ; il poursuivit le grand objet de son ambition à travers les sentiers obscurs et sanglans de la guerre et de la politique, et après ses victoires il abusa sans modération de sa puissance. Loin de faire éclater la supériorité de ses vertus chrétiennes sur l’héroïsme imparfait et la philosophie profane de Trajan et des Antonins, Constantin perdit, dans la maturité de son âge, la réputation qu’il avait acquise dans sa jeunesse. Plus il s’instruisait dans la connaissance des saintes vérités, moins il pratiquait les vertus qu’elles recommandent, et dans la même année on le vit assembler le concile de Nicée, et ordonner le supplice ou plutôt le meurtre de son fils. Cette date seule suffit pour réfuter les malignes et fausses insinuations de Zosime[1] qui affirme qu’après la mort de Crispus les remords de son père acceptèrent des ministres de l’Évangile l’expiation qu’il avait en vain sollicitée des pontifes du paganisme. Lorsque Crispus mourut, l’empereur ne pouvait plus hésiter sur le choix d’une

    cun concile général ou provincial, ni par aucune déclaration authentique de l’Église. Le zèle des évêques s’enflammait plus facilement pour des objets beaucoup moins importans.

  1. Zosime, l. II, p. 104. Cette insigne fausseté lui a mérité et attiré les expressions les plus dures de la part de tous les écrivains ecclésiastiques, excepté le cardinal Baronius (A. D. 324, nos 15-28), qui trouvait ainsi occasion d’employer l’infidèle contre l’arien Eusèbe.