Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/113

Cette page a été validée par deux contributeurs.


obscurs que Constantin avait sauvé et vengé Rome par la grandeur de son propre courage et par une secrète impulsion de la divinité[1]. L’orateur païen, qui avait saisi le premier l’occasion de célébrer les hautes vertus du conquérant, suppose que l’empereur était admis seul à un commerce intime et familier avec l’Être suprême, qui confiait le reste des humains au soin des divinités inférieures. Il donne, par ce moyen, aux sujets, un motif plausible pour se défendre respectueusement d’embrasser la nouvelle religion[2].

Apparition d’une croix dans le ciel.

3o. Le philosophe qui examine avec un doute tranquille les songes et les présages, les miracles et les prodiges de l’histoire profane, et même ceux de l’histoire ecclésiastique, conclura probablement que si la fraude a quelquefois trompé les yeux des spectateurs, le bon sens des lecteurs a été bien plus souvent insulté par les fictions des écrivains qui ont attribué inconsidérément à l’action immédiate de la Divinité tous les événemens ou les accidens qui semblaient s’éloigner du cours ordinaire de la nature. La multitude épouvantée a souvent prêté une forme et une couleur, un mouvement et la voix à des mé-

  1. Instinctu divinitatis, mentis magnitudine. Tout voyageur curieux peut encore voir l’inscription de l’arc de triomphe de Constantin, copiée par Baronius, Gruter, etc.
  2. Habes profectò aliquid cum illâ mente divinâ secretum ; quæ delegatâ nostrâ Düs minoribus curâ uni se tibi dignatus ostendere. (Panegyr. vet. IX, 2.)