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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/98

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par des présens de peu de valeur, qu’ils recevaient comme objets de luxe, ou comme marque de distinction. Dans les guerres civiles, la faction la plus faible cherchait à se fortifier en formant des liaisons secrètes avec les gouverneurs des provinces frontières. Toutes les querelles des Germains étaient fomentées par les intrigues de Rome ; tous leurs projets d’union et de bien public renversés par l’action puissante de la jalousie et de l’intérêt particulier[1].

Union passagère contre Marc-Aurèle.

Sous le règne de Marc-Aurèle, presque tous les Germains, des Sarmates même, entrèrent dans une conspiration générale qui glaça l’empire d’effroi. Quel motif pouvait rassembler tout à coup tant de nations différentes, depuis l’embouchure du Rhin jusqu’à celle du Danube[2] ? Il nous est impossible de déterminer si ce fut la raison, la nécessité ou la passion qui les réunit. Nous devons seulement être assurés que les Barbares ne furent ni attirés par l’indolence, ni provoqués par l’ambition de l’empereur romain. Une invasion si dangereuse exigeait toute la fermeté et toute la vigilance de Marc-Aurèle. Il

  1. On peut voir dans Tacite et dans Dion plusieurs traces de cette politique ; et l’on peut juger, en considérant les principes de la nature humaine, qu’il en existait bien davantage.
  2. Hist. Aug., p. 31 ; Ammien-Marcellin, l. XXXI, c. 5 ; Aurel.-Victor. L’empereur Marc-Aurèle fut réduit à vendre les meubles magnifiques du palais, et à enrôler les esclaves et les malfaiteurs.