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bares s’enflammaient aisément ; ils ne savaient pas pardonner une injure, encore moins une insulte. Dans leur colère implacable, ils ne respiraient que le sang. Les disputes qui arrivaient si fréquemment dans leurs parties tumultueuses de chasse ou de débauche, suffisaient pour provoquer des nations entières. Les vassaux et les alliés d’un chef puissant partageaient ses animosités. Punir le superbe, ou enlever les dépouilles du faible, étaient également des motifs de guerre. Les plus formidables états de la Germanie affectaient d’étendre autour de leurs territoires d’immenses solitudes et des frontières dévastées. La distance respectueuse que leurs voisins avaient soin d’observer à leur égard attestait la terreur de leurs armes, et les mettait en quelque sorte, à l’abri du danger d’une invasion subite[1].

Fomentées par la politique de Rome.

« Les Bructères[2] ne sont plus (c’est maintenant Tacite[3] qui parle) ; leur hauteur insupportable, le désir de profiter de leurs dépouilles, ou peut-être le ciel, protecteur de notre empire, ont réuni contre eux les peuples voisins[4], qui les ont chassés

  1. César, De bel. gall., l. VI, 23.
  2. Les Bructères étaient une tribu non suève qui habitait au-dessous des duchés d’Oldenbourg et de Lauenbourg, sur les bords de la Lippe et dans les montagnes du Hartz. Ce fut chez eux que la prêtresse Velleda se rendit célèbre. (Note de l’Éditeur).
  3. Traduction de l’abbé de La Bleterie. (Note du Trad.)
  4. Nazarius, Ammien, Claudien, etc., en font mention