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dans les assemblées populaires pour y maintenir l’ordre et le silence ; et quelquefois elle s’occupait d’objets plus importans au bien de l’état. On faisait, en certains temps, une procession solennelle dans les pays actuellement connus sous le nom de Mecklenbourg et de Poméranie. Le symbole inconnu de la déesse Herthe (la Terre), couvert d’un voile épais, sortait avec pompe de l’île de Rugen, sa résidence ordinaire : placée sur un char tiré par des génisses, elle visitait de cette manière plusieurs tribus de ses adorateurs. Pendant sa marche, les querelles étaient suspendues, les cris de guerre étouffés ; le Germain belliqueux déposait ses armes : il pouvait goûter alors les douceurs de la paix et de la tranquillité[1]. La trêve de Dieu, si souvent et si inutilement proclamée par le clergé du onzième siècle, ne fut qu’une imitation de cette ancienne coutume[2].

Dans la guerre.

Mais la religion avait bien plus de force pour enflammer que pour modérer les passions violentes des Germains. L’intérêt et le fanatisme portaient souvent les prêtres à sanctifier les entreprises les plus audacieuses et les plus injustes, par l’approbation du ciel et par l’assurance du succès. Les étendards, tenus long-temps en dépôt dans les bois sacrés, brillaient tout à coup sur le champ de bataille[3] ; on dé-

  1. Tacite, Germ., 40.
  2. Robertson, Hist. de Charles-Quint, vol. I, note 21.
  3. Tacite, Germ., 7. Ces étendards n’étaient que des têtes d’animaux sauvages.