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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/72

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dettes d’honneur ; car ce sont eux qui nous ont appris à désigner ainsi les dettes du jeu. L’infortuné qui, dans son désespoir, avait risqué sa personne et sa liberté au hasard d’un coup de dé, se soumettait patiemment à la décision du sort. Garrotté, exposé aux traitemens les plus durs, quelquefois même vendu comme esclave dans les pays étrangers, il obéissait sans murmure à un maître plus faible, mais plus heureux[1].

Leur goût pour les liqueurs fortes.

Une bière, faite sans art avec du froment ou de l’orge acquérant par la corruption, selon l’énergique expression de Tacite, une sorte de ressemblance avec le vin, suffisait aux habitans de la Germanie pour leurs parties ordinaires de débauche ; mais ceux qui avaient goûté les vins délicieux de l’Italie et de la Gaule, soupiraient après une espèce d’ivresse plus agréable. Ils ne songèrent cependant pas, comme on l’a exécuté depuis avec tant de succès, à planter des vignes sur les bords du Rhin et du Danube, et l’industrie ne leur procura jamais de matières pour un commerce avantageux. La nation aurait rougi de devoir à un travail pénible ce qu’elle pouvait obtenir par les armes[2]. Le goût immodéré des Barbares de toutes les nations pour les liqueurs fortes les engagea souvent à envahir les régions comblées des présens si enviés de l’art ou de la nature.

  1. Tacite, Germ., 24. Les Germains avaient peut-être tiré leurs jeux des Romains ; mais la passion du jeu est singulièrement inhérente à l’espèce humaine.
  2. Tacite, Germ., 14.