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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/70

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puissant. Otez à un peuple ces deux moyens ; qu’il ne soit ni excité par l’un, ni secondé par l’autre, il ne pourra jamais sortir de la plus grossière barbarie[1].

Leur indolence.

Si nous contemplons un peuple sauvage, dans quelque partie du globe que ce puisse être, nous verrons une quiétude indolente, et l’indifférence sur l’avenir former la partie dominante de son caractère. Dans un état civilisé, l’âme tend à se développer ; toutes ses facultés sont perpétuellement exercées, et la grande chaîne d’une dépendance mutuelle embrasse et resserre les individus. La portion la plus considérable de la société est constamment employée à des travaux utiles. Quelques-uns, placés par la fortune au-dessus de cette nécessité, peuvent cependant occuper leur loisir en suivant l’intérêt ou la gloire, en augmentant leurs biens, en perfectionnant leur intelligence, ou en se livrant aux devoirs, aux plaisirs, aux folies même de la vie sociale. Les Germains n’avaient aucune de ces ressources. Ils abandonnaient aux vieillards, aux gens infirmes, aux femmes et aux esclaves, les détails domestiques, la culture des terres et le soin des troupeaux. Privé de tous les arts qui pouvaient remplir son loisir, le guerrier fainéant, semblable aux animaux, passait

  1. On prétend que les Mexicains et les Péruviens, sans connaître l’usage de la monnaie ou du fer, ont fait de grands progrès dans les arts. Ces arts, et les monumens qu’ils ont produits, ont été singulièrement exagérés. Voyez les Recherches sur les Américains, t. II, p. 153, etc.