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se reproduire, dans aucune contrée au sud de la mer Baltique[1]. Du temps de Jules César, le renne, aussi bien que l’élan et le taureau sauvage, existait dans la forêt Hercynienne, qui couvrait alors une partie de l’Allemagne et de la Pologne[2]. Les travaux des hommes expliquent suffisamment les causes de la diminution du froid. Ces bois immenses, qui dérobaient la terre aux rayons du soleil[3], ont été détruits. À mesure que l’on a cultivé les terres et desséché les marais, la température du climat est devenue plus douce. Le Canada nous présente maintenant une peinture exacte de l’ancienne Germanie. Quoique située sous la même latitude que les plus belles provinces de la France et de l’Angleterre, cette partie du nouveau monde éprouve le froid le plus rigoureux. Le renne y est commun : la terre reste ensevelie sous une neige profonde et impénétrable. Le fleuve Saint-Laurent est régulièrement gelé dans un temps où les eaux de la Seine et de la Tamise sont ordinairement débarrassées des glaces[4].

Ses effets sur les naturels.

On a souvent examiné l’influence du climat sur les corps et sur les esprits des Germains. Il est plus

  1. Buffon, Hist. nat., tom. XII, p. 79, 116.
  2. César, De bell. gall., VI, 23, etc. Les Germains les plus instruits ne connaissaient pas les dernières limites de cette forêt, quoique quelques-uns d’entre eux y eussent fait plus de soixante journées de chemin.
  3. Cluvier (Germania antiqua, l. III, c. 47) recherche de tous côtés les plus petits restes de la forêt Hercynienne.
  4. Charlevoix, Hist. du Canada.