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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/51

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touchent de bien près, exigent encore toute notre attention. Les peuples les plus civilisés de l’Europe moderne sont sortis des forêts de la Germanie ; et nous pourrions retrouver dans les institutions grossières des Barbares qui les habitaient alors, les principes originaux de nos lois et de nos mœurs. Tacite a fait un ouvrage sur les Germains : leur état primitif, leur simplicité, leur indépendance, ont été tracés par le pinceau de cet écrivain supérieur, le premier qui ait appliqué la science de la philosophie à l’étude des faits. Son excellent traité, qui renferme peut-être plus d’idées que de mots, a d’abord été commenté par une foule de savans : de nos jours, il a exercé le génie et la pénétration des historiens philosophes. Quelles que soient la richesse et l’importance de ce sujet, il a déjà été traité tant de fois, avec tant d’habileté et de succès, qu’il est devenu familier au lecteur et difficile pour l’auteur. Nous nous contenterons donc de rappeler quelques-unes des circonstances les plus intéressantes du climat, des mœurs et des institutions qui ont rendu des sauvages si redoutables à la puissance de Rome.

Étendue de la Germanie.

La Germanie, si on en excepte la petite province, de ce nom, située sur la rive occidentale du Rhin, qui avait subi le joug des Romains, renfermait le tiers de l’Europe. La Suède, le Danemarck, la Norwège, la Finlande, la Livonie, la Prusse, presque toute l’Allemagne, et la plus grande partie de la Pologne, étaient originairement habités par une seule nation, partagée en différentes tribus, dont