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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/474

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négligé de porter la guerre dans le centre des états de son rival.

Bataille d’Andrinople. A. D. 323. 3 juillet.

Au lieu d’embrasser une résolution si active, qui aurait pu changer toute la face de la guerre, le prudent Licinius attendit l’ennemi près d’Andrinople ; et le soin avec lequel il fortifia son camp, décelait assez ses inquiétudes. Après avoir quitté Thessalonique, Constantin s’avançait vers cette partie de la Thrace, lorsqu’il fut tout à coup arrêté par l’Hèbre, fleuve large et rapide ; et il aperçut les nombreuses troupes de Licinius, qui, postées sur la pente d’une montagne, s’étendaient depuis le fleuve jusqu’à la ville. Plusieurs jours se passèrent en escarmouches à quelque distance des deux armées. Enfin l’intrépidité de Constantin surmonta les difficultés du passage et de l’attaque. Ce serait ici le lieu de rapporter un exploit prodigieux de ce prince. Quoiqu’il ne s’en trouve peut-être aucun dans la poésie ou dans les romans qui puisse lui être comparé, cependant il a été célébré ; non par un de ces orateurs vendus à sa fortune, mais par un historien ennemi de sa gloire. On assure que le vaillant empereur se jeta dans l’Hèbre, accompagné seulement de douze cavaliers, et que, par la force ou la terreur de son bras invincible, il renversa, massacra et mit en pièces une armée de cent cinquante mille hommes. La crédulité remportait tellement sur la passion dans l’esprit de Zosime, qu’au lieu de s’attacher aux événemens les plus importans de cette fameuse bataille, il paraît avoir choisi et embelli les plus merveilleux. La valeur et