Ouvrir le menu principal

Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/46

Cette page a été validée par deux contributeurs.


séder la valeur qu’inspirent l’indépendance, la force du corps et l’impétuosité de l’âme, qui ont livré l’empire de l’univers aux Barbares du septentrion. Les principes d’une tactique éclairée, qui rendirent triomphantes Rome et la Grèce, et qui distinguent aujourd’hui les habitans de l’Europe, n’ont jamais fait de progrès considérables en Orient. Les Perses n’avaient aucune idée de ces évolutions admirables qui dirigent et animent une multitude confuse, et ils ignoraient également l’art de construire, d’assiéger ou de défendre des fortifications régulières. Ils se fiaient plus à leur nombre qu’à leur courage, plus à leur courage qu’à leur discipline. [Leur infanterie méprisable.]Une victoire dispersait, aussi facilement qu’une défaite, leur infanterie composée d’une foule de paysans peu aguerris, presque sans armes, levés à la hâte et attirés sous les drapeaux par l’espoir du pillage. Le monarque et les seigneurs de sa cour transportaient dans les tentes l’orgueil et le luxe du sérail. Une suite inutile de femmes, d’eunuques, de chevaux et de chameaux retardait les opérations militaires ; et souvent, au milieu d’une campagne heureuse, l’armée persane se trouvait séparée ou détruite par une famine imprévue[1].

Leur cavalerie excellente.

Mais les nobles de ce royaume conservèrent toujours, au sein de la mollesse et sous le joug du des-

  1. Hérodien, l. VI, p. 214. Ammien Marcellin, l. XXIII, c. 6. On peut observer entre ces deux historiens quelque différence ; effet naturel des changemens produits par un siècle et demi.