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implacables, on est bien tenté d’ajouter peu de foi à cette extrême délicatesse d’une foule d’étrangers et de Barbares, qui, avant de porter la guerre en Italie, n’avaient jamais aperçu cette contrée. S’ils n’eussent pas été retenus par des motifs plus intéressés, leur réponse à Galère eût été celle des vétérans de César : « Si notre général désire nous mener sur les rives du Tibre, nous sommes prêts à tracer son camp. Quels que soient les murs qu’il veuille renverser, il peut disposer de nos bras ; ils auront bientôt fait mouvoir les machines. Nous ne balancerons pas, la ville dévouée à sa colère fût-elle Rome elle-même. » Ce sont, il est vrai, les expressions d’un poète ; mais ce poète avait étudié attentivement l’histoire, et on lui a même reproché de n’avoir point osé s’en écarter[1].

Sa retraite.

Les soldats de Galère donnèrent une bien triste preuve de leurs dispositions par les ravages qu’ils commirent dans leur retraite. Le meurtre, le pillage, la licence la plus effrénée marquèrent partout les traces de leur passage. Ils enlevèrent les troupeaux des Italiens ; ils réduisirent les villages en cendres ; enfin, ils s’efforcèrent de détruire le pays qu’ils ne leur avaient pas été possible de subjuguer. Pendant

  1. Castra super Tusci si ponere Tibridis undas ;
    (Jubeas).
    Hesperios audax veniam metator in agros
    Tu quoscunque voles in planum effundere muros,
    His aries actus disperget saxa lacertis ;
    Illa licet penitùs tolli quam jusseris urbem,
    Roma sit.

    Lucain, Phars. I, 381.