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Dioclétien exécuta le projet de descendre du trône : résolution mémorable, plus conforme au caractère d’Antonin ou de Marc-Aurèle qu’à celui d’un prince qui, dans l’acquisition et dans l’exercice du pouvoir suprême, n’avait jamais pratiqué les leçons de la philosophie. Dioclétien eut la gloire de donner le premier à l’univers un exemple[1] que les monarques imitèrent rarement dans la suite. [Parallèle de Dioclétien et de Charles-Quint]Si pour nous Charles-Quint vient ici se présenter naturellement en parallèle, ce n’est pas seulement parce que l’éloquence d’un historien moderne a rendu ce nom familier à tout lecteur anglais, c’est aussi un effet de la ressemblance frappante qui a existé entre le caractère de ces deux princes, dont l’habileté politique surpassa les talens militaires, et dont les qualités spécieuses furent moins l’effet de la nature que celui de l’art. L’abdication de Charles paraît avoir été déterminée par les vicissitudes de la fortune. Le chagrin de voir échouer ses projets favoris lui fit prendre le parti de résigner une puissance qu’il ne trouvait pas proportionnée à son ambition. Le règne de Dioclétien, au contraire, avait été marqué par des succès continuels. Ce ne fut qu’après avoir triomphé de tous ses ennemis, et accompli tous ses desseins, qu’il paraît s’être occupé sérieusement de quitter l’empire. Ni Charles ni Dioclétien n’avaient atteint un âge bien

  1. Solus omnium, post conditum Romanum Imperium, qui ex tanto fastigio sponte ad privatæ vitæ statum civilitatemque remearet. (Eutrope, IX, 18.)