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trées le rang le plus élevé, les habitans s’en servirent bientôt dans les humbles requêtes qu’ils portaient au pied du trône romain[1]. [Dioclétien prend le diadème, et introduit à la cour les manières persanes.]Les attributs mêmes ou du moins les titres de la divinité furent usurpés par Dioclétien et par Maximien, qui les transmirent aux princes chrétiens leurs successeurs[2]. Au reste, ces expressions extravagantes perdirent leur impiété en perdant leur signification primitive. Dès qu’une fois l’oreille est accoutumée au son, un pareil langage n’excite que l’indifférence, et est reçu comme une protestation de respect aussi vague qu’exagérée.

Depuis le temps d’Auguste jusqu’au règne de Dioclétien, les Romains n’avaient eu pour leurs princes que les égards dus aux simples magistrats. L’empereur conversait familièrement avec ses concitoyens. Le manteau impérial ou robe militaire, entièrement de pourpre, était leur principale marque de distinction ; la toge des sénateurs était simplement bordée d’une large bande aussi de poupre, et les chevaliers en portaient une plus étroite sur leurs habits[3].

  1. Synesius, De regno, édit. de Pétau, p. 15. Je dois cette citation à l’abbé de La Bléterie.
  2. Voyez Van-Dale, De consecratione, p. 354, etc. Les empereurs avaient coutume de faire mention, dans le préambule des lois, de leur divinité, sacrée majesté, divins oracles, etc. Selon M. de Tillemont, Grégoire de Nazianze se plaint très-amèrement d’une pareille profanation, surtout lorsqu’un empereur arien emploie ces titres.
  3. « Dans le temps de la république, dit Hegewisch, lors-