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choisi Dioclétien, commandant des domestiques ou gardes du palais, comme la personne la plus capable de venger un prince chéri, et de lui succéder. Ce moment était important pour le candidat ; et sa fortune pouvait en quelque sorte dépendre de la conduite qu’il allait tenir. Persuadé que l’emploi dont il avait été chargé l’exposait à quelques soupçons, Dioclétien monte sur le tribunal, tourne les yeux vers le soleil, et en présence de ce dieu qui voit tout[1], il proteste solennellement de son innocence. Prenant alors le ton d’un souverain et d’un juge, il fait amener Aper au pied du tribunal : « Cet homme, dit-il, est le meurtrier de Numérien. » Et, sans lui donner le temps d’entrer dans une justification dangereuse, il tire son épée, et la plonge dans le sein de l’infortuné préfet. Une accusation, appuyée d’une preuve si décisive, est admise sans aucune contradiction ; et les troupes, avec des acclamations réitérées, reconnaissent l’autorité et la justice de l’empereur Dioclétien[2].

Défaite et mort de Carin.

Avant de décrire le règne mémorable de ce prince, voyons quelle fut la destinée de l’indigne frère de Numérien. Les armes et les trésors de Carin le mettaient en état de soutenir ses droits au trône ; mais ses vices personnels détruisaient tous les avan-

  1. Aurel.-Victor ; Eutrope, IX, 20 ; saint Jérôme, in Chron.
  2. Vopiscus, Hist. Aug., p. 252. Ce qui engagea Dioclétien à tuer Aper (en latin un sanglier), ce furent une prédiction et une pointe aussi ridicules que connues.