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reur, et de la présomption d’un ministre ambitieux, qui continuait à exercer le pouvoir souverain au nom d’un prince qui n’était plus. Ces bruits se répandirent d’abord secrètement ; bientôt ils éclatèrent dans tout le camp. L’impatience des soldats ne leur permet pas de rester plus long-temps incertains. Entraînés par la curiosité, ils forcent la tente impériale, où ils n’aperçoivent que le cadavre de Numérien[1]. L’affaiblissement graduel de sa santé aurait pu les porter à croire que sa mort était naturelle ; mais le soin que l’on avait pris de la cacher, parut une preuve du crime ; et les mesures d’Aper pour assurer son élection devinrent la cause immédiate de sa ruine. Cependant, même dans les transports de leur rage et de leur douleur, les troupes observèrent un ordre qui montre combien la discipline avait été fermement rétablie par les belliqueux successeurs de Gallien. L’armée tint à Chalcédoine une assemblée générale, où le préfet du prétoire fut amené chargé de fers comme un criminel. Un tribunal vide fut placé au milieu du camp, et les généraux formèrent, avec les tribuns, un grand conseil militaire. [Élection de l’empereur Dioclétien. A. D. 284, 27 septemb.]Ils annoncèrent bientôt à la multitude qu’ils avaient

    connaissance du temps et du lieu où Dioclétien fut nommé empereur.

  1. Hist. Aug., p. 251 ; Eutrope, IX, 18 ; saint Jérôme, in Chron. Selon ces judicieux écrivains, la mort de Numérien fut découverte par l’infection de son cadavre. Ne pouvait-on pas trouver d’aromates dans la maison de l’empereur ?