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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/297

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maison, dans les transports de leur douleur, ont mis le feu à la tente impériale ; ce qui a donné lieu au bruit que Carus avait été tué de la foudre : mais autant qu’il nous a été possible d’approfondir la vérité, nous croyons que sa mort a été l’effet naturel de sa maladie[1]. »

Ses deux fils Carin et Numérien lui succèdent.

Cet événement ne produisit aucun trouble. L’ambition des généraux qui auraient voulu s’emparer de la pourpre, était contenue par leurs craintes respectives. Le jeune Numérien et son frère Carin, alors absent, furent universellement reconnus. Les Romains espéraient que le successeur de Carus marcherait sur les traces de son père, et que, sans laisser aux Perses le temps de revenir de leur consternation, il porterait le fer et le feu dans les palais de Suze et d’Ecbatane[2]. Mais les légions, si redoutables par leur nombre et par leur discipline, ne purent résister aux viles terreurs de la superstition. Malgré tous les artifices que l’on employa pour déguiser les circonstances de la mort du dernier empereur, il ne fut pas possible de détruire l’opinion de la multitude, et la force de l’opinion est irrésistible. Les lieux et les personnes frappés de la foudre paraissent singulièrement dévoués à la colère du ciel[3] ; les anciens ne les re-

  1. Hist. Aug., p. 250. Cependant Eutrope, Festus, Rufus, les deux Victor, saint Jérôme, Sidonius-Apollinaris, George Syncelle et Zonare, prétendent tous que Carus fut tué de la foudre.
  2. Voyez Némésien, Cynegeticon, V, 71, etc.
  3. Voyez Festus et ses commentateurs sur le mot scribo-