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multitude les secrets de la philosophie orientale. Ils acquéraient, par des connaissances profondes ou par une grande habileté, la réputation d’être très-versés dans quelques sciences occultes, qui, par la suite, ont tiré des mages leur dénomination[1]. Ceux qui avaient reçu de la nature des dispositions plus actives que les autres, passaient leur vie dans le monde, au milieu des intrigues des cours et du tumulte des villes ; et tant qu’Artaxercès tint les rênes du gouvernement, la politique ou la superstition l’engagea à se laisser diriger par les avis de l’ordre sacerdotal, dont il rétablit la dignité dans tout son éclat[2].

Esprit de persécution.

Le premier conseil que les mages donnèrent à ce prince était conforme au génie intolérant de leur religion[3], à la pratique des anciens rois[4], et même à l’exemple de leur législateur qui, victime du fanatisme, avait perdu la vie dans une guerre allumée par son zèle opiniâtre[5]. Artaxercès pro-

  1. Pline (Hist. nat., l. XXX, c. 1) observe que les magiciens tenaient le genre humain sous la triple chaîne de la religion, de la médecine et de l’astronomie.
  2. Agathias, l. IV, p. 134.
  3. M. Hume, dans l’Histoire naturelle de la Religion, remarque avec sagacité que les sectes les plus épurées et les plus philosophiques sont constamment les plus intolérantes.
  4. Cicéron, De legibus, II, 10. Ce furent les mages qui conseillèrent à Xerxès de détruire les temples de la Grèce.
  5. Hyde, De rel. Pers., c. 23, 24 ; d’Herbelot, Bibliothéque orientale, au mot Zerdusht ; Vie de Zoroastre, t. II du Zend-Avesta.