Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/287

Cette page a été validée par deux contributeurs.


manquaient cependant pas de courage, ni de capacité, et ils soutinrent tous les deux avec dignité le caractère auguste, que la crainte du châtiment les avait engagés à prendre, jusqu’à ce qu’enfin ils furent terrassés par le génie supérieur de Probus. Ce prince usa de la victoire remportée sur les rebelles avec sa modération ordinaire : il épargna la vie aussi-bien que la fortune de leurs familles innocentes[1].

Triomphe de l’empereur Probus. A. D. 281.

Ses armes avaient triomphé de tous les ennemis étrangers et domestiques de l’état. Son administration douce, mais ferme, ne contribua pas moins à rétablir la tranquillité publique. Il n’existait plus dans les provinces de Barbares ennemis, d’usurpateurs, de brigands même, qui rappelassent le souvenir des anciens désordres. Après de si grands exploits l’empereur se rendit à Rome, pour y célébrer sa propre gloire et la félicité générale. La pompe du triomphe, que méritait la valeur de Probus, fut dirigée avec une magnificence égale à la grandeur de sa fortune ; et le peuple, après avoir admiré les trophées d’Aurélien, contemplait avec le même plaisir ceux du héros qui lui avait succédé[2]. Nous ne pouvons oublier à cette occasion le courage déses-

  1. Proculus, qui était natif d’Albenga, sur la côte de Gênes, arma deux mille de ses esclaves. Il avait acquis de grandes richesses, mais il les devait à ses brigandages. Par la suite, sa famille avait coutume de dire : Nec latrones esse nec principes sibi placere. Vopiscus, Hist. Aug., p. 247.
  2. Hist. Aug., p. 240.