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défendre cette frontière contre les incursions des Alains. Des vaisseaux, qui mouillaient dans un des ports du Pont-Euxin, tombèrent entre les mains des Francs. Ils résolurent aussitôt de chercher une route de l’embouchure du Phase à celle du Rhin. Les dangers d’une longue navigation sur les mers inconnues ne les effrayèrent pas. Ils passèrent aisément les détroits du Bosphore et de l’Hellespont ; et croisant le long de la Méditerranée, ils satisfirent à la fois leur vengeance et leur cupidité, en ravageant les rivages de l’Asie, de la Grèce et de l’Afrique, dont les habitans se croyaient à l’abri de toute incursion. Syracuse, ville opulente qui avait vu autrefois les flottes d’Athènes et de Carthage englouties dans son port, fut saccagée par une poignée de Barbares, qui massacrèrent impitoyablement la plus grande partie des citoyens. De la Sicile, les Francs s’avancèrent jusqu’aux colonnes d’Hercule, bravèrent le redoutable océan, côtoyèrent l’Espagne et la Gaule, et dirigeant leur course triomphante à travers la Manche, terminèrent leur étonnant voyage en abordant tranquillement sur les côtes des Frisons ou des Bataves[1]. L’exemple de leurs succès enflamma leurs compatriotes. En leur apprenant à connaître les avantages de la mer et à en mépriser les périls, il ouvrit, à ces esprits avides d’entreprises, une nouvelle route aux honneurs et aux richesses.

Révolte de Saturnin en Orient.

Malgré la vigilance et l’activité de Probus, il lui

  1. Panegyr. Vet., V, 18 ; Zosime, l. I, p. 66.