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Les forces, aussi-bien que l’attention de ceux qui défendent cette chaîne de fortifications, se trouvent divisées ; et tels sont les effets d’une terreur aveugle sur les troupes les plus fermes, qu’une ligne rompue en un seul endroit est presque aussitôt abandonnée. Le sort qu’éprouva le mur de Probus peut confirmer l’observation générale : il fut renversé par les Allemands peu d’années après la mort de ce prince. Ses ruines éparses, que l’admiration stupide attribue universellement à la puissance du démon, ne servent maintenant qu’à exciter la surprise du paysan de la Souabe.

Les Barbares introduits dans l’empire : leurs établissements.

Parmi les conditions qu’imposa l’empereur aux nations vaincues, une des plus utiles fut l’obligation de fournir à l’armée romaine seize mille hommes, les plus braves et les plus robustes de leur jeunesse. Probus les dispersa dans toutes les provinces, et distribua ce renfort dangereux en petites bandes de cinquante ou soixante Germains chacune, parmi les troupes nationales, observant judicieusement que les secours que la république tirait des Barbares devaient être sentis, mais non pas aperçus[1]. Ce secours paraissait alors nécessaire : amollis par le luxe, les faibles habitans de l’Italie et des provinces intérieures ne pouvaient supporter le poids des ar-

  1. Il plaça cinquante ou soixante Barbares environ dans un numerus, comme on l’appelait alors. Nous ne connaissons pas exactement le nombre fixé de ceux qui composaient un pareil corps.