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leur disait-il (et s’il ne s’exprimait pas sincèrement, il parlait au moins le langage de la vérité), c’est à vos travaux que nous devons notre subsistance. Nos soins paternels assurent votre tranquillité ; ainsi, puisque nous nous sommes également nécessaires, vivons ensemble ; aimons-nous comme frères, et que la concorde règne toujours parmi nous[1]. » Dans un état puissant et soumis au despotisme, une pareille fête dut, à la vérité, perdre insensiblement de son importance et de sa dignité. Mais, en admettant qu’elle fût devenue une représentation de théâtre, cette scène méritait bien d’avoir pour spectateur un souverain ; et quelquefois elle pouvait imprimer une grande leçon dans l’âme d’un jeune prince.

Pouvoir des mages.

Si toutes les institutions de Zoroastre eussent porté l’empreinte de ce caractère élevé, son nom eût été digne d’être prononcé avec ceux de Numa et de Confucius ; et ce serait à juste titre que l’on donnerait à son système tous les éloges qui lui ont été prodigués par quelques-uns de nos théologiens, et même de nos philosophes. Mais, dans ses productions bizarres, fruit d’une passion aveugle et d’une raison éclairée, on reconnaît le langage de l’enthousiasme et de l’intérêt personnel. Les vérités importantes et sublimes qu’il annonce sont dégradées par un mélange de superstition méprisable et dangereuse. Les mages formaient une classe très-considérable de l’état. Nous les avons déjà vu paraître, dans une assemblée, au

  1. Hyde, De rel. Pers., c. 19.