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insolence n’avilît la majesté du sénat, et ne devînt fatale à l’objet de son choix. [A. D. 275, 3 février.]De pareils motifs dictèrent le décret qui renvoyait l’élection d’un nouvel empereur au suffrage de l’ordre militaire.

Interrègne paisible de huit mois.

La contestation qui suivit est un des événemens les mieux attestés, mais les plus incroyables de l’histoire du genre humain[1]. Les troupes, comme si elles eussent été rassasiées de l’exercice du pouvoir, conjurèrent de nouveau les sénateurs de donner à l’un d’entre eux la pourpre impériale. Le sénat persista dans son refus, l’armée dans sa demande. La proposition fut au moins trois fois offerte et rejetée de chaque côté. Tandis que la modestie opiniâtre de chacun des deux partis est déterminée à recevoir un maître des mains de l’autre, huit mois s’écoulent insensiblement[2] : période étonnante d’une anarchie tranquille, pendant laquelle l’univers romain resta sans maître, sans usurpateur, sans révolte ; les généraux et les magistrats nommés par Aurélien con-

  1. Vopiscus, notre autorité principale, écrivait à Rome, seize ans seulement après la mort d’Aurélien. Outre la notoriété récente des faits, il tire constamment ses matériaux des registres du sénat et des papiers originaux de la bibliothéque Ulpienne. Zosime et Zonare paraissent aussi ignorans de ce fait qu’ils l’étaient en général de la constitution romaine.
  2. Cet interrègne fut tout au plus de sept mois : Aurélien fut assassiné vers le milieu de mars, l’an de Rome 1028 ; Tacite fut élu le 25 septembre de la même année. (Note de l’Éditeur.)