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de leur puissance : les armées qu’ils commandaient, et les provinces qu’ils avaient sauvées, ne voulurent avoir pour souverain que leurs invincibles chefs. Lorsque l’infortuné Valérien tomba entre les mains des Perses, le sénat et le peuple de Rome respectèrent un étranger qui vengeait la majesté de l’empire. L’insensible Gallien lui-même consentit à partager la pourpre avec Odenat, et il lui donna le titre de collègue.

Elle venge la mort de son mari.

Après avoir chassé de l’Asie les Goths qui la dévastaient, le prince palmyrénien se rendit à la ville d’Emèse en Syrie. Il avait triomphé de tous ses ennemis à la guerre, il périt par une trahison domestique. Son amusement favori de la chasse fut la cause, ou du moins l’occasion de sa mort[1]. Mœonius, son neveu, eut l’audace de lancer sa javeline avant son oncle : quoiqu’il en eût été repris, il se porta plusieurs fois à la même insolence. Odenat, offensé comme monarque et comme chasseur, lui ôta son cheval, marque d’ignominie parmi les Barbares, et le fit mettre pendant quelque temps en prison. L’insulte fut bientôt oubliée ; mais Mœonius conserva le souvenir de la punition : aidé d’un petit nombre de complices, il assassina son oncle au milieu d’une grande fête. [A. D. 267.]Odenat avait eu d’une autre femme que

  1. Hist. Aug., p. 192, 193 ; Zosime, l. I, p. 36 ; Zonare, l. XII, p. 633. Le récit de ce dernier est clair et probable ; celui des autres, confus et contradictoire. Le texte de George Syncelle, s’il n’est pas corrompu, est absolument inintelligible.