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légions ; les autres prisonniers furent vendus comme esclaves ; et le nombre des femmes captives était si considérable, que chaque soldat en eut deux ou trois pour sa part. D’où nous pouvons juger que les Goths n’avaient point envahi l’empire seulement pour le dévaster, mais qu’ils avaient aussi formé quelque projet d’établissement, puisqu’ils avaient mené leurs familles même dans une expédition navale. 3o. Leur flotte fut ou prise ou coulée à fond : perte irréparable qui intercepta leur retraite. Les Romains formèrent une vaste enceinte de postes distribués avec art, courageusement soutenus, et qui, se resserrant par degrés vers un centre commun, forcèrent les Barbares de se réfugier dans les parties les plus inaccessibles du mont Hœmus, où ils trouvèrent un asile assuré, mais où ils eurent à peine de quoi subsister. [A. D. 270.]Dans le cours d’un hiver rigoureux, durant lequel ils furent assiégés par les troupes de l’empereur, la famine, la peste, le fer et la désertion, diminuèrent continuellement toute cette multitude. Au retour du printemps, on ne vit paraître sous les armes qu’une petite bande de guerriers hardis et désespérés, reste de cette puissante armée qui s’était embarquée à l’embouchure du Niester.

Mort de Claude, qui recommande Aurélien pour son successeur. Mars.

La peste, qui avait emporté tant de Barbares, devint fatale à leur vainqueur. Après deux ans d’un règne court, mais glorieux, Claude rendit les derniers soupirs à Sirmium, au milieu des pleurs et des acclamations de ses sujets. Prêt à expirer, il assembla ses principaux officiers, et leur