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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/181

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féra le titre d’Auguste au brave Palmyrénien ; et le gouvernement de l’Orient, qu’il possédait déjà, semble lui avoir été confié d’une manière si indépendante, qu’il le laissa comme une succession particulière à son illustre veuve Zénobie[1].

Suites fatales de ces usurpations.

Le spectacle de ce passage rapide et continuel de la chaumière au trône, et du trône au tombeau, eût pu amuser un philosophe indifférent, s’il était possible à un philosophe de rester indifférent au milieu des calamités générales du genre humain. L’élévation de tant d’empereurs, leur puissance, leur mort, devinrent également funestes à leurs sujets et à leurs partisans. Le peuple, écrasé par d’horribles exactions, leur fournissait les largesses immenses qu’ils distribuaient aux troupes pour prix de leur fatale grandeur. Quelque vertueux que fût leur caractère, quelle que pût être la pureté de leurs intentions, ils se trouvaient obligés de soutenir leur usurpation par des actes fréquens de rapines et d’inhumanité. Lorsqu’ils tombaient, ils enveloppaient des armées et des provinces dans leur chute : il existe encore un ordre affreux de Gallien à l’un de ses ministres après la perte d’Ingenuus, qui avait pris la pourpre en Illyrie. On ne peut lire sans frémir d’horreur la lettre de ce prince, qui joignait à la mollesse la férocité d’un tyran cruel. « Il ne suffit pas, dit-il, d’exterminer ceux qui ont porté les armes ; le hasard de la

  1. L’association du brave Palmyrénien fut l’acte le plus populaire de tout le règne de Gallien. (Hist. Aug., p. 180.)