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comba sous le poids de la honte et de la douleur, sa peau, garnie de paille, et conservant une forme humaine, resta suspendue pendant plusieurs siècles dans le temple le plus célèbre de la Perse : monument de triomphe plus réel que tous ces simulacres de cuivre ou d’airain érigés si souvent par la vanité romaine[1]. Cette histoire est touchante, et renferme une grande morale ; mais il est permis de la révoquer en doute. Les lettres encore existantes des princes de l’Orient à Sapor sont évidemment fausses[2] : d’ailleurs, est-il naturel de supposer qu’un monarque si jaloux de sa dignité, ait ainsi dégradé, même dans la personne d’un rival, la majesté des rois ? Quelque traitement que l’infortuné Valérien ait éprouvé en Perse, il est du moins certain que ce prince, le premier empereur de Rome qui soit tombé entre les mains de l’ennemi, passa ses tristes jours dans une captivité sans espérance.

Caractère et administration de Gallien.

Depuis long-temps, Gallien supportait avec peine la censure sévère d’un père et d’un collègue : il re-

  1. Les auteurs chrétiens insultent aux malheurs de Valérien ; les païens le plaignent. M. de Tillemont a rassemblé avec soin leurs divers témoignages, tom. III, p. 739, etc. L’histoire orientale, avant Mahomet, est si peu connue, que les Perses modernes ignorent entièrement la victoire de Sapor, événement si glorieux pour la nation. Voyez la Biblioth. orientale.
  2. Une de ces lettres est d’Artavasdes, roi d’Arménie. Comme l’Arménie était alors une province de Perse, le roi, le royaume ni la lettre ne peuvent avoir existé.