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des occupations oisives et sédentaires[1]. En admettant la vérité du fait, l’habile conseiller, quoique d’une politique plus raffinée que ses compatriotes, raisonnait comme un barbare ignorant. Chez les nations les plus puissantes et les plus civilisées, le génie s’est développé presque en même temps dans tous les genres, et le siècle des arts a généralement été le siècle de la gloire et de la vertu militaire.

Conquête de l’Arménie par les Perses.

IV. Les nouveaux souverains de la Perse, Artaxercès et son fils Sapor, avaient triomphé, comme nous l’avons déjà vu, de la maison d’Arsace. Parmi tant de princes de cette ancienne famille, Chosroès, roi d’Arménie, avait seul conservé sa vie et son indépendance. La force naturelle de son pays, le secours des déserteurs et des mécontens qui se rendaient perpétuellement à sa cour, l’alliance des Romains, et, par-dessus tout, son propre courage, le rendirent invincible. Après s’être défendu avec succès durant une guerre de trente ans, il fut assassiné par les émissaires de Sapor, roi de Perse. Les satrapes d’Arménie, qui, fidèles à l’état, voulaient en assurer la gloire et la liberté, implorèrent la protection des Romains en faveur de Tiridate, l’héritier légitime de la couronne. Mais le fils de Chosroès sortait à peine de la plus tendre enfance, les alliés étaient éloignés, et le monarque persan s’avançait

  1. Zonare, l. XII, p. 635. Une pareille anecdote convenait parfaitement au goût de Montaigne : il en fait usage dans son agréable chapitre sur le pédantisme, l. I, c. 24.