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tous les liens de fidélité entre les princes et les sujets ; que les généraux de Philippe étaient disposés à imiter l’exemple de leur maître, et que le caprice des armées, accoutumées depuis long-temps à de fréquentes et violentes révolutions, pouvait élever sur le trône le dernier des soldats. L’histoire se contente d’ajouter que la première rebellion contre l’empereur Philippe éclata parmi les légions de Mœsie, dans l’été de l’année deux cent quarante-neuf. Le choix de ces troupes séditieuses tomba sur Marinus, officier subalterne[1]. Philippe prit l’alarme ; il craignit que ces premières étincelles ne causassent un embrasement général. Déchiré par les remords d’une conscience coupable, et tremblant à la vue du danger qui le menaçait, il fit part au sénat de la révolte des légions. Le morne silence qui régna d’abord dans l’assemblée attestait la crainte, et peut-être le mécontentement général, jusqu’à ce qu’enfin Dèce, l’un des sénateurs, prenant un caractère conforme à la noblesse de son extraction, osât montrer plus de fermeté que le prince. [Services, révoltes, victoires et règne de l’empereur Dèce. A. D. 249.]Il parla de la conspiration comme d’un soulèvement passager et digne de mépris, et il traita Marinus de vain fantôme, qui serait détruit en peu de jours par la même inconstance qui l’avait créé. Le prompt accomplissement de la prophétie frappa l’empereur. Rempli d’une juste

  1. L’expression dont se servent Zosime et Zonare peut signifier également que Marinus commandait une centurie, une cohorte ou une légion.