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on pouvait déterminer son courage à des actes de désespoir, et l’exil d’un fanatique éloquent et chéri du peuple pouvait répandre le mal dans toutes les provinces de l’Arabie. Sa mort fut résolue ; mais on convint que pour diviser le crime et prévenir la vengeance des Hashémites, un membre de chacune des tribus lui plongerait son épée dans le sein. [Il est chassé de la Mecque. A. D. 622.]Un ange ou un espion l’instruisit de cet arrêt, et il ne vit d’autre ressource que la fuite[1]. Au milieu de la nuit, accompagne d’Abubeker son ami, il s’échappa en silence de sa maison ; les assassins l’attendaient à la porte, mais il furent trompés par la figure d’Ali, qui reposait sur le lit de l’apôtre, revêtu de sa robe verte. Les Koreishites respectèrent la piété du jeune héros ; mais quelques vers d’Ali qui subsistent encore, nous offrent une peinture intéressante de ses inquiétudes, de sa tendresse et de sa confiance religieuse. Mahomet et son camarade se tinrent cachés trois jours dans la caverne de Thor, située a une lieue de la Mecque : des que la nuit survenait, le fils et la fille d’Abubeker leur portaient des vivres et le détail de ce qui se passait dans la ville. Les Koreishites, qui examinaient avec soin tous les lieux des environs, arrivèrent à l’entrée de la caverne ; mais la Providence les trompa, dit-on, au moyen d’une toile d’araignée et d’un nid de pigeon placés de manière à leur persuader qu’il n’y était entré personne.

  1. D’Herbelot, Bibl. orient., p. 445. Il cite une histoire particulière de la fuite de Mahomet.