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Le Koran.

Le rapport des pensées et du langage est nécessaire à la communication des idées ; le discours d’un philosophe ne ferait aucun effet sur l’oreille d’un paysan ; mais quelle imperceptible différence que celle qui se trouve entre leur intelligence comparée et celle qu’offre le contact d’une intelligence finie avec une intelligence infinie, la parole de Dieu exprimée par les paroles ou les écrits d’un mortel ! L’inspiration des prophètes hébreux, des apôtres et des évangélistes de Jésus-Christ, peut n’être pas incompatible avec l’exercice de leur raison et de leur mémoire, et le style et la composition des livres de l’ancien et du nouveau Testament marquent bien la diversité de leur génie. Mahomet se contenta du rôle plus modeste, mais plus sublime, de simple éditeur : selon lui et ses disciples, la substance du Koran[1] est incréée et éternelle ; elle existe dans l’essence de la divinité, et elle a été inscrite avec une plume de lumière sur la table de ses éternels décrets ; l’ange Gabriel qui, dans la religion judaïque, avait été chargé des missions les plus importantes, lui apporta, dans un volume orné de soie

    et les manichéens s’étaient déjà appropriée (Beausobre, Hist. crit. du Manich., l. I, p. 263, etc.) ; et en faisant du mot περικλυτος, celui de παρακλητος, ce qui est aisé, ils en tirent l’étymologie du nom de Mahomet (Maracci, tom. I, part. I, p. 15-28).

  1. Voyez sur le Koran, d’Herbelot, p. 85-88 ; Maracci, t. I, in vit. Mohammed, p. 32-45 ; Sale, Discours prélimin. p. 56-70.