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Malgré quelques succès passagers, les Grecs étaient déchus dans leur propre opinion et dans celle de leurs voisins. La main lente et la langue active, tel était le proverbe populaire dont on se servait pour indiquer le caractère de la nation. L’auteur de la Tactique fut assiégé dans sa capitale, et les plus faibles des Barbares, qui tremblaient au seul nom des Sarrasins ou des Francs, purent s’enorgueillir de ces médailles d’or et d’argent qu’ils avaient arrachées au faible souverain de Constantinople. La religion aurait pu leur inspirer, à bien des égards, le courage dont ils manquaient par un effet de leur gouvernement et de leur caractère ; mais la religion des Grecs n’enseignait qu’à souffrir et à céder. Nicéphore, qui rétablit un moment la discipline et la gloire du nom romain, voulut accorder les honneurs du martyre aux chrétiens qui perdraient la vie dans une sainte guerre contre les infidèles ; mais le patriarche, les évêques et les principaux sénateurs, arrêtèrent cette loi dictée par la politique ; ils soutinrent avec obstination, d’après les canons de saint Basile, que tous ceux qui s’étaient souillés par l’exercice sanguinaire du métier des armes, devaient être séparés trois ans de la communion des fidèles[1].

Caractère et tactique des Sarrasins.

On a rapproché ces scrupules des Grecs des larmes que versaient les premiers musulmans lorsqu’ils

  1. Zonare (tom. II, l. XVI, p. 202, 203) et Cedrenus (Compend., p. 668) qui rendent compte de ce projet de Nicéphore, appliquent bien mal à propos l’épithète de γενναιως à l’opposition du patriarche.