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ses armées victorieuses sans toucher à un trésor de cent mille livres d’or (environ huit millions sterling) qu’il gardait dans les voûtes souterraines du palais[1]. La théorie et la pratique de notre politique moderne s’opposent à de pareilles accumulations d’argent, et nous sommes plus disposés à calculer la richesse nationale par l’usage et l’abus du crédit public. Au reste, un roi redouté de ses ennemis, une république respectée de ses alliés, suivent encore ces maximes des gouvernemens anciens, et l’un et l’autre sont arrivés à leur but, qui sont pour l’un la puissance militaire, et pour l’autre la tranquillité domestique.

Faste et luxe des empereurs.

Quelles que fussent les sommes réservées aux besoins journaliers et aux besoins futurs de l’état, les dépenses consacrées au faste et aux plaisirs de l’empereur étaient mises en première ligne, et n’avaient de bornes que sa seule volonté. Les princes de Constantinople étaient loin de la simplicité de la nature ; toutefois, au retour de la belle saison, conduits par le goût ou la mode, ils allaient hors de la fumée et du tumulte de la capitale, respirer un air plus pur ; ils jouissaient ou ils paraissaient jouir de la rustique joie des vendanges ; leurs loisirs étaient consacrés à l’exercice de la chasse et aux plaisirs plus tranquilles

  1. Zonare (t. II, l. XVII, p. 225), au lieu de livres, se sert de la dénomination plus classique de talens : en prenant le sens littéral de ses expressions, le trésor de Basile, par un calcul exact, se trouverait soixante fois plus considérable.